Un centre anti-douleur en Corée

10 septembre 2013 at 11:04

Un nerf coincé par un muscle trop tendu (j’aurais aimé écrire un muscle trop musclé, mais voilà il n’était que trop tendu) et je me retrouve quasiment courbé en deux, marchant à pas frottés, à pas glissé, loin derrière mes compagnons. A l’abord d’une pleine journée de visites dans le Wando, mes amis me conseillent de me faire faire un « petit massage » avant le voyage. Bonne idée. Me voilà clopinant jusqu’à ce que je pense être le cabinet d’un masseur, voir un Pal massagi (masseur de pieds, ambulant ou motorisé), et je me retrouve en réalité dans un centre anti-douleurs d’une petite ville au fond de la Corée du Sud, en compagnie d’une quinzaine de personnes âgées, cuivrées par le soleil, et dont par la présente désignation,je m’exclus. Un ami photographe et un autre philosophe m’accompagnent. Le premier, débrouillard comme pas deux, est un véritable sésame dans cette région qu’il connaît par cœur. Il se démène pour me faire accepter sans rendez-vous. Avec le second, nous parlons caractères chinois dans la salle d’attente, il est 9h du matin. La salle est déjà bondée de corps souffrants, plissés, ridés, souvent tordus par le travail dans les champs, dans les rizières, dont la région abonde.

Formalité minimum, comme toujours en Corée, et alors que je me voyais échouer dans les bras d’une masseuse experte et disons-le pourquoi pas, sexy, je me retrouve sur l’éternel petit tabouret à côté d’un médecin, sympa, qui m’interroge et enregistre mes réponses à l’ordinateur. Puis, passage sur la table d’auscultation, pour quelques manipulations-diagnostic faites par ledit médecin. Résultat moins alarmant que prévu en tous cas moins alarmant que celui élaboré dans mes nuits blanches précédentes. Puis, retourné sur le ventre, il m’annonce vouloir insérer deux aiguilles, dont l’une fera une petit peu mal, et l’autre pas du tout. Pas spécialement, douillet, je me prépare mentalement à la petite douleur prévue. Un cri de bête fauve plus tard, il m’annonce la gentille aiguille, qui effectivement, l’est. Puis, sans me prévenir, voilà que ma cuisse se met à tressauter comme une poêlée de popcorns, au point qu’il me faut demander de baisser l’intensité de l’électricité qu’il est en train de me faire passer à travers le corps. Le tout bien entendu, devant 10 personnes en train elles aussi de se faire soigner, comme il est d’usage en Corée. Pas de place perdue, pas de temps d’attente trop long. Puis, déjà bien soulagé, je dois passer dans une salle à côté où, là, vision d’horreur, une quinzaine de personnes sont allongées sur des tables d’auscultation, un appareil électrique rivé qui sur un genou, qui sur une épaule, qui dans le dos, etc.. la salle d’attente ressemble à une annexe de l’Edf coréen. J’ai droit pour ma part à une petite salle individuelle ou un kiné, un peu trop costaud à mon goût, m’attache sur une table, plus exactement me saucissonne, au point que je dois convoquer mes souvenirs des numéros de Houdini1, au cas où… Une, puis deux, puis trois sangles serrées à bloc m’empêchent presque de respirer. Au bord, de l’étouffement, j’ai beau crier « tout doux, toux doux », il m’annonce et annonce par la même occasion à mon entourage qu’il va m’étirer le muscle concerné. Enfin, si je ne meurs pas étouffé d’ici là.

Bouton marche. Une espèce de vague descend depuis l’abdomen et glisse jusqu’aux genoux, en ondes courtes, ourlées, au point que je crois voir un tsunami sur mon propre corps. Les vibrations sont régulières et on sent bien la jambe en train d’être tirée. En réalité, je pense que cette machine essaie de séparer ma jambe du tronc. Je pense à l’écartèlement de Ravaillac. Mes méfaits ont pourtant été moindres, jusqu’ici. Tandis que les vagues ourlées se succèdent, le système en profite pour repasser ma chemise, légèrement froissée par le voyage. Effectivement, les muscles sont bien étirés et un certain confort se fait sentir peu à peu. Pendant ce temps-là, l’ami photographe me mitraille de son appareil, alors que je suis sans défense. Plus tard, il mettra les photos, moi à demi-nu, sur son blog avec force commentaires. Comme quoi, la pudeur coréenne est parfois une légende. Dix minutes plus tard, je marcherai bien mieux, l’après-midi sera encore meilleur et le lendemain, je piquerai presque un sprint (là je me vante) derrière une amie qui veut payer le repas que nous venons de prendre (essayer d’empêcher un coréen de systématiquement payer est une activité qui réclame toute votre vigilance et une certaine rapidité).

 

1Célèbre prestidigitateur des années 20, réputé pour se défaire facilement des chaînes avec lesquelles on l’attachait.

 

Écrit par Nam Sok

a écrit 8 articles pour Koranews.fr.

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