L’Ivresse de l’argent (돈의 맛)

Im Sang Soo, réalisateur et scénariste du film, est né à Séoul en 1962. Il travaille d’abord comme assistant pour le réalisateur Im Kwon Taek sur Kim’s War avant de passer derrière la caméra pour son premier film Girls’ Night Out où il ausculte la société coréenne à travers la vie sexuelle de trois femmes célibataires. Fer de lance de la nouvelle vague coréenne avec son troisième film, Une femme coréenne, Im Sang Soo accède à la reconnaissance internationale et à différents festivals (Venise, Deauville puis Cannes).

En 2005, The President’s Last Bang, est sélectionné par la quinzaine des réalisateurs de Cannes. Ce film aborde l’assassinat du président Park Chung Hee en 1979. Il provoque un scandale en Corée qui aboutit à la suppression par le Comité de Censure de Séoul de quatre minutes du film composées d’images d’archives sur le président. En 2010, il réalise The Housemaid, le remake du classique du cinéma coréen The Housemaid réalisé par Kim Ki Young en 1960.

L’ivresse de l’Argent est le septième film du réalisateur et devient son second film sélectionné officiellement au Festival de Cannes pour la Palme d’Or, après The Housemaid en 2010. Im Sang Soo dit lui-même du film qu’il est « une extention de The Housemaid. On peut dire que c’est la vie des enfants présents dans le film et qui ont maintenant grandi. »

Kim Kang Woo tient le rôle central de L’Ivresse de l’Argent ce qui marque sa première collaboration avec Im Sang-soo. Découvert dans The Coast Guard, de Kim Ki-Duk en 2002, il était aussi à l’affiche de Ha ha ha, de Hong Sang-Soo qui avait remporté le prix Un Certain Regard lors de sa présentation au Festival de Cannes en 2010.

Synopsis

« Young Jak (Kim Kang Woo)  est le secrétaire de Madame Baek (Yoon Yuh Jung), dirigeante d’un puissant empire industriel coréen. Il est chargé de s’occuper des affaires privées de cette famille à la morale douteuse. Pris dans une spirale de domination et de secrets, perdu entre ses principes et la possibilité de gravir rapidement les échelons vers une vie plus confortable, Young Jak devra choisir son camp, afin de survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois. »

Casting du film lors de la montée des marches au Festival de Cannes (Source: Festival de Cannes)

Le film

L’Ivresse de l’Argent (돈의 맛) est un thriller érotique sud-coréen nous racontant l’histoire d’une famille de Chaebol. Le film jongle élégamment entre controverse et envie avec le portrait qu’il tire de la vie d’une famille de la très haute société coréenne en explorant les thèmes du sexe, de l’argent, de l’avidité et de l’ambition.

Dans ce film tout a le goût de l’argent. Les deux employés Young Jak et Eva, la bonne d’origine philippine, vous être emportés dans une spirale où l’argent sale est ce qui nourrit la pourriture morale de cette famille dite de la haute-société.

Le réalisateur revisite ainsi les thèmes opposés du pouvoir et de l’impuissance comme s’il s’agissait d’une variation délibérée de The Housemaid qui, sur ce point est mieux réussi. Im Sang Soo reste aussi fidèle à lui-même en ce qui concerne l’esthétique des différentes scènes. On retrouve en effet beaucoup de ses plans séparés en trois parties (triptyque?), et il semble toujours autant aimer filmer des scènes dans des salles de bains immenses à la blancheur immaculée et à plusieurs entrées possibles. Il avait adoré nous faire tenter de deviner l’évolution de l’histoire pour The Housemaid, il en fait de même pour L’Ivresse de l’Argent et met le public à contribution lorsqu’il s’agit de deviner les différents tournants possibles et quand il s’agit d’interpréter différents événements. Sur ce point là, le public peut quand même rester sur sa faim car le thriller financier, promis par la scène d’ouverture du film, où le président de la compagnie monsieur Joon (Baek Yoon Sik)  conduit un Young Jak ébloui (Kim Kang Woo) dans le coffre fort familial, est vite rattrapé par une fin non banale mais décevante.

L’argent est ce qui nourrit le film. On apprend que le président Joon a autrefois épousé sa femme seulement pour l’argent qui allait avec. Il en paie aujourd’hui le prix, ayant une vie vide de sens, et les ennuis ne font que commencer quand sa femme Keum Ok (l’excellente actrice Youn Yuh Jung) découvre qu’il ose la tromper avec Eva et plus encore, qu’il veuille la quitter et ainsi détruire l’ordre de la famille et de la compagnie. Keum Ok est une femme aussi froide que les différents décors du film. Elle a prit les reines de l’entreprise léguée par son père, un vieux monsieur assez farfelu qui fait des apparitions de temps en temps sur une chaise roulante, toujours accompagné d’une secrétaire vile et asexuée, mais qui garde quand même un œil sur ses affaires.

Comme dans toute famille on trouve aussi les personnages des enfants (ceux dont  Im Sang Soo s’amuse à dire que ce sont ceux de The housemaid mais qui ont bien grandi).

Le fils, Chul (On Ju Wan), est le plus jeune et aussi celui qui a le plus conscience du pouvoir familial. C’est pourquoi il n’hésite pas à graisser la pâte des journalistes et des juges pour pouvoir se sortir d’affaires frauduleuses, et va même jusqu’à s’associer avec un homme d’affaire américain tout en sachant qu’il risque de tout  y perdre.

La fille qui est donc l’ainée, se nomme Nami (la très belle Kim Hyo Jin) et vit dans la maison familiale avec sa fille suite à son divorce. Pendant la première moitié du film celle-ci ne fait qu’observer les différents plans diaboliques échafaudés par sa famille.  Cependant on découvre au fur et à mesure du film sue celle-ci se préoccupe plus du côté humain des personnes, peut-être est-ce là encore un rappel de l’innocence de la jeune enfant dans The Housemaid. L’attirance sexuelle qu’elle ressent pour Young Jak et qu’il comprend, est mise en opposition avec le dégoût que celui-ci ressent suite aux avances et au viol de la chef de famille Keum Ok. Cette scène nous montre comment Young Jak est plongé dans un statut de servilité, comme l’était la gouvernante dans The Housemaid. Mais cette scène nous fait aussi comprendre le pouvoir, que l’on pourrait juger de masculin, qu’a Geum Ok sur l’ensemble de sa maisonnée (sauf sur son mari) rend le film encore plus malsain.

Les scènes d’extérieur étant quasiment inexistantes ou du moins réservées aux personnages les plus innocents ou tournées en studio, tout se passe à l’intérieur de cette grande demeure aux allures de palais fait de verre, de fer et de béton ce qui renforce le sentiment de claustrophobie qui ne cesse d’augmenter tout au long du film.

Keum Ok a beau donner l’impression d’être un personnage fort au mental d’acier, celle-ci ne peut s’empêcher d’être folle de jalousie lorsqu’elle apprend que son mari la trompe avec la Eva la bonne philippine. Elle comprend que son mari est sérieux et qu’il ne s’agit pas d’une simple histoire contrairement à la relation qu’unissait la gouvernante et son patron dans The Housemaid.

Ce film se démarque par son esthétique remarquable et son scénario bien monté mais on peut vite être déçu par la fin. En effet la tendance à le comparer à The Housemaid nous fait espérer certaines choses qui viennent pas. Cependant le film est à voir pour le jeu des acteurs principaux qui dépeignent brillamment l’ambiance malsaine présente du début jusqu’à la fin.

Écrit par Clémence

Clémence Scarbonchi a écrit 16 articles pour Koranews.fr.

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