La culture indépendante en Corée du Sud

21 janvier 2013 at 18:30 , ,

Un festival de musiciens R&B indépendants a eu lieu au Prism Hall dans le quartier de Hongdae à Séoul le 23 novembre dernier. Ce grand concert a été l’occasion pour de nombreux fans de musique indépendante d’assouvir leur désir pour ce style de musique unique et trendy. Ces paroles reviennent le plus chez les fans de musique indépendante.

«J’ai l’impression que leurs paroles et leurs personnalités sont toutes très uniques. Je suis venu à ce concert parce que je voulais les revoir. Ils sont fiers de ce qu’ils font et de leur musique, même s’ils savent que ce n’est pas dans l’air du temps. Leurs chansons et leurs performances sont vraiment biens, et ils ne sont pas différents des autres stars à part le fait d’être beaucoup moins connus »

« J’aime le hip-hop underground et les groupes de musique indépendante. Ils sont différents des idoles (chanteurs et chanteuses de K-pop) que l’on peut trouver aujourd’hui.»

Les groupes indépendants ont souvent peu de moyens pour communiquer avec le public. Ils sont donc très contents d’avoir une telle occasion  pour être

Affiche d’un festival de Musique indépendante en Corée du Sud

reconnus et une chance d’être aimés par leurs fans avides de nouveauté. L’amour reçu par leurs fans et rendu au centuple grâce à des performances explosives. Voici quelques témoignages des trois membres du groupe indépendant Lego, Sumin, Jeon Il-Jun et Park Jung-Hyun :

 « La plupart des groupes se produisant ici sont peu connus. C’est un festival pour la musique expérimentale.
– Oui, c’est “notre” festival.

– Je fais de la musique parce que j’adore faire des concerts. C’est vraiment bien que les groupes indépendants aient maintenant plus de chance de se produire en live. Je suis le plus heureux quand je joue notre musique, et ça fait vraiment du bien de voir le groupe de fans de musique indépendante grandir de jour en jour. »

Tout comme les groupes de musiques indépendantes qui rencontrent de plus en plus de fans grâce aux concerts, les films indépendants ont aussi leur propre festival pour célébrer leur art.

Du 29 novembre au 7 décembre, a eu lieu au CGV Théâtre Apgujeong à Séoul, le plus grand festival de films indépendants du pays, Le Festival du Film Indépendant de Séoul 2012.
Fêtant ses trente-huit ans d’existence, le festival a été une véritable rampe de lancement pour des réalisateurs coréens. Voici les propos du secrétaire général du comité d’organisation du festival, Kim Dong Hyun :

 «  Le festival a débuté en 1975. Au début ce n’était pas tellement un festival, mais plutôt une cérémonie de remise de prix où des films à petit budget et de tout jeunes réalisateurs étaient récompensés par le Korean Film Council (KOFIC). C’est à la fin des années 90 que le festival a commencé à ressembler à ce à quoi il est aujourd’hui. A partir de 1999, le Korean Film Council et l’Association des Films et Vidéos indépendants Coréens sont devenus des sponsors majeurs de l’événement, ce qui a mené au succès des différentes éditions. C’est un festival réunissant toutes les personnes du monde des films indépendants, et qui permet de leur faire partager leurs différents projets et leur vision du genre. »

 Le Festival du Film Indépendant de Séoul est un festival soutenant les films à petit budget et les films indépendants depuis presque quarante ans. Pendant cette période le festival a fait découvrir au public la valeur des films indépendants et a ainsi donné de l’espoir aux futurs réalisateurs et producteurs. Voici ce que dit le réalisateur Han Dong Hyuk :

 «  Pour certains les films indépendants sont un fabuleux tremplin pour des films plus commerciaux, mais pour d’autres c’est une façon de communiquer avec le monde et c’est pour cela que je veux faire des films. Les films indépendants retracent les histoires les plus obscures, les plus négligées. C’est pour cela que faire des films de ce genre me fait sentir plus humble et que le monde apparaît plus riche. C’est ce qui rend ces films importants. Je veux être un réalisateur qui pense longuement et qui travaille beaucoup sur la création et la réalisation de ses films. »

 Les films et groupes indépendants ont toujours été hors des sentiers battus de la culture pop. Mais ce genre  peu connu devient de plus en plus reconnu en tant qu’arme d’expression culturelle.

Mais quels aspects attirent donc le public vers ce genre dit « indépendant » ? Voici ce qu’en dit le critique culturel Kim Seong Su :

«  La culture indépendante, par définition, permet plus de liberté et de nouvelles expériences grâce à l’absence d’obstacles créés par le capitalisme. Et c’est parce que les artistes indépendants ne rencontrent pas toujours l’approbation du public qu’ils peuvent conserver leur vision artistique si différente. »

« Ces artistes ont un énorme potentiel en ce qui concerne la découverte de nouveaux sujets dans le domaine culturel, car ils ne craignent pas l’échec et ont donc toujours envie d’essayer de nouvelles choses. C’est ce qui fait la force et le charme de la culture underground, indépendante. »

 Les personnes faisant partie du monde indépendant n’attirent pas vraiment le public et construisent ainsi leur propre univers artistique. Les différents

Festival indépendant des musiques de films

artistes indépendants tentent d’exprimer leurs personnalités artistiques à travers de nouvelles expériences. Écoutons encore les propos du critique culturel Kim Seong Su :

 «  L’adjectif “underground” sert à qualifier les artistes se trouvant hors du « radar de la reconnaissance public ». La culture underground se définie toute seule par sa nature alternative. Ce n’est pas un sous-concept de la culture dite « mainstream » mais un contre-concept, une culture qui essaie et accepte de nouvelles choses jamais tentées dans le monde de la culture générale. C’est pour cela que ce genre a du mal à se faire connaître du grand public. Mais ça ne veut pas dire pour autant que les artistes indépendants ne rentreront jamais dans la sphère de la culture mainstream. Ils ont le potentiel pour atteindre la surface et le monde de la culture mainstream. N’importe quel artiste ayant accumulé des années et des années dans la culture indépendante, peut aujourd’hui être reconnu en tant que professionnel. »

 Les différentes expériences des artistes indépendants inspirent et nourrissent aujourd’hui la culture pop. La plupart des artistes Kpop et des réalisateurs d’aujourd’hui disent trouver leur inspiration dans la culture du monde indépendant.

Les bases de la vague Hallyu ont été construites sur de nombreuses nouvelles expériences aux potentiels plus ou moins différents. Aucun artiste ou genre ne peut être reconnu du jour au lendemain sans avoir connu la défaite, et les petits succès.
La popularité de la Kpop et des films coréens a été grandement alimentée par l’énergie culturelle et la diversité artistique d’un bon nombre de groupes et films indépendants.

 Les groupes indépendants ont toujours été hors de l’intérêt du public, cependant depuis quelques années on a pu remarquer que les gens avaient commencé à faire attention à ces « rebelles » de la culture, leur donnant une chance de montrer leur travail en se produisant lors de concerts.

Le 38ème Festival du Film Indépendant de Séoul a ainsi vu son nombre d’inscriptions atteindre des sommets avec le nombre total de 773 films… Voici ce qu’en dit le secrétaire général du festival, Kim Dong Hyun :

 «  Cela a été très difficile pour les juges car ils ont pu voir de très bons films. Les résultats furent serrés et la qualité des films au rendez-vous malgré les restrictions budgétaires. Les histoires que ces films racontaient étaient aussi inspirantes que perspicaces car elles reflétaient très bien les conditions sociales de leur époque. »

 Mais la plus belle des récompenses fut sans doute les cent films indépendants sélectionnés pour être ensuite redistribués au niveau national. Encore une fois, le secrétaire général du festival, Kim Dong Hyun nous explique :

«Il y avait des signes avant coureurs du succès du festival de cette année. La page internet du festival ne cessait d’être hors service à cause du très haut nombre de visites, nous obligeant à la refaire afin que tout le monde y ait accès. La vente des tickets fut aussi un succès car ils furent tous vendus auprès du public. De plus regarder un film indépendant et une expérience unique et inoubliable, et ce sentiment perdure après le festival. Le festival peut aussi aider à changer la vision qu’ont les personnes sur les films commerciaux et les pousser à aller voir d’autres films indépendants ou à assister à d’autres festivals de ce genre. »

Parmi les différents avis des personnes présentent au festival certaines n’hésitent pas à affirmer que « la personnalité du réalisateur est très présente dans le film. C’est ce qui rend un film indépendant si attirant. La plupart d’entre eux sont encore inconnus donc je peux voir l’expression de leur jeunesse, leur innocence et leur passion. Le point essentiel des films indépendants est la Liberté, liberté d’expression, la liberté de parler des problèmes dont on ne parle pas dans les films commerciaux. De plus, il y a tant de réalisateurs passionnés par leur art. Leur monde est profond et l’on sent un lien étroit se créer entre les réalisateurs et nous. »

Brisant leur carapace, les réalisateurs de films indépendants commencent petit à petit à se montrer au public, se créant ainsi un certain nombre de fans. Certains arrivent même à rejoindre la vague « mainstream » du cinéma, notamment Ryu Seung Wan avec Die Bad, Lee Kyung Mi avec Crush and Blush et Won Shin Yeon avec Seven Days. Les réalisateurs coréens rêvant d’être le prochain Martin Scorcese ou Woody Allen n’hésite pas à affirmer que les différents festivals de films indépendants sont un bon moyen d’entrainement. Voici ce qu’en pensent deux réalisateurs de films indépendants, Seo Eun Seon et Kim Han Geol :

 « – Quand je commence à travailler sur un film, je fais tout moi-même. J’utilise mon argent pour écrire mon histoire et travailler avec les acteurs que je connais. Mais petit à petit le travail s’accumule et devient énorme. C’est vraiment une expérience à vivre avant de tenter les films commerciaux à plus gros budget.

– En tant que réalisateur je veux laisser ma trace sur un travail artistique. C’est pour cela que je fais des films à très petit budget, probablement le genre de film qui ne fera pas beaucoup d’argent. Les films indépendants montrent mes capacités dans leur essence la plus pure, sans aucune interférence des investisseurs ou des producteurs. J’ai le désir de montrer ce que je pense aux gens, et j’aime le fait qu’ils puissent voir et comprendre ce que je pense à travers mes films. »

Tout comme un réalisateur de films indépendants, qui créé son propre monde et modèle la culture à travers son travail, les groupes « undergrounds » sont fières de leur identité et de ce qu’ils ont accompli. Song Jeong Pil, membre d’un groupe indépendant coréen :

 «  La musique que j’entends à la radio ou à la télé est limitée à un certain genre et est souvent ordinaire. Mais la musique indépendante est un  tunnel à travers lequel différentes aspirations musicales sont exprimées. Je pense que c’est le travail des groupes indépendants d’ouvrir l’horizon musical de la Kpop et je suis fière d’en faire partie. »

Ils ne sont peut-être pas poursuivis dans la rue par des fans surexcités et ils n’ont peut-être pas l’argent pour s’acheter de grandes maisons et de belles voitures, mais les musiciens undergrounds continuent de chanter les chansons qu’ils veulent avec leur propre style car de plus en plus de personnes apprécient leur musique.

Les artistes indépendants se sentent redevables et inspirés par l’idée que leurs chansons et films puissent donner de la joie et de l’espoir à quelqu’un quelque part.

Écoutons les propos d’un membre du groupe indépendant Soul One :

« On est appelé groupe indépendant parce que l’on fait de la musique expérimental et pas de la musique pop. Nous continuons à chercher de nouvelles choses car même le public veut quelque chose de nouveau et de différent ces jours-ci. C’est pour ça qu’il fait de plus en plus attention à nous. Aujourd’hui nous vendons plus de disques car il y a des gens qui veulent vraiment écouter nos chansons. »

Un grand nombre de groupes aujourd’hui ont connu des débuts dans le milieu underground. C’est le cas des groupes No Brain et Guckhasten. Développées au fil des années et au fil des différentes scènes undergrounds, leur habilité musicale et leur présence scénique ont pris le dessus sur des chanteurs, parfois jugés de « clones », et leur ont procuré une admiration sans borne ainsi que de nombreux fans.

Au premier encontre les films et la musique indépendants peuvent nous sembler étranges mais c’est parce que nous n’y sommes pas habitués. Une fois que l’on accepte leur individualité et leur liberté nous sommes alors capables de voir le brillant futur de la diversité culturelle coréenne.

Source: Koreanews, KBS World.

Écrit par Clémence

Clémence Scarbonchi a écrit 16 articles pour Koranews.fr.

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