La guerre ou une paix insoutenable

Le Terroriste

De Seonu HWI

Editions Imago 2011

Seonu Hwi (1922-1986) est le témoin de tournants décisifs en Corée, au XXe siècle. L’auteur aura vu se succéder l’occupation japonaise, la guerre de Corée… Il part du Nord sous la pression communiste suite à la libération. Au Sud, après être devenu journaliste, il fait une profonde réflexion sur sa profession et s’interroge sur la notion de vérité à travers la presse. Il devient évident au cours de la lecture du Terroriste que l’œuvre est profondément ancrée dans les ressentis de l’auteur sur ces événements historiques. Elle nous donne une approche vivante et réaliste de l’histoire coréenne.

Dans ce recueil de nouvelles le lecteur assiste directement à l’histoire de la Corée au travers de la vie, des souvenirs de ses protagonistes. Seonu Hwi trouve une manière de mélanger parfaitement histoire et fiction en donnant à ses personnages un réalisme et une complexité de caractère approfondie. On comprend que l’auteur témoigne de sa vie en incarnant successivement au fil des nouvelles : un soldat un paysan, un officier un journaliste et parle ainsi d’une époque sous tous ses angles.

Au fil de l’œuvre, le lecteur devient conscient de ce qu’a pu vivre non seulement l’auteur mais également les coréens de son temps. Le ton employé, perpétuellement emprunt de cynisme, plonge le lecteur dans un monde de misère, froid et désespéré.

LE TERRORISTE De Seonu HWI

LE TERRORISTE De Seonu HWI

Les personnages rappellent un peu les « existences » de Gogol : humains mais pas tout à fait vivant. Ces « existences » représentent tous ceux qui n’ont ni but précis, ni parole à prêcher. Ceux qui ne vivent pas mais survivent. En l’occurrence, ils ont été creusés par les événements désastreux de ce siècle. Ses personnages se retrouvent tous dans une situation d’après occupation ou d’après guerre et l’auteur s’attache à faire ressentir au lecteur ce manque choquant : l’absence de combat. Le fondement même de ce mal-être ne provient donc pas des malheurs de ce siècle mais plutôt de son absence à la grande surprise du lecteur. Les protagonistes se retrouvent sans travail, sans espoir, parfois sans les êtres aimés et la fin de ces temps noirs, loin d’apporter le réconfort, crée une absence violente et semble vider ces personnages de la vie elle-même. Ils sont les fantômes de la guerre, l’ombre de ces périodes historiques successivement tragiques et sans elle, se retrouvent sans but, sans bataille à gagner.

« Une seule chose était sûre à présent : les rouges étaient partis et il n’avait plus personne contre qui se battre »p 14.

Si les descriptions des douleurs causées par la guerre sont poignantes, celles causées par le désarroi et l’attente d’espoir en fin de guerre sont encore plus déchirantes

et vont jusqu’à faire ressentir une certaine gêne au lecteur. Seonu Hwi rend délibérément ces situations tragiques et de cette façon rend le malaise de l’époque à la limite du palpable. L’espoir n’existe pas ou est systématiquement réduit à néant par la mort, le regret, le remords, la nostalgie et certainement une incapacité récurrente à vivre dans le présent. Le texte en lui-même est parcouru d’images violentes qui laissent penser à une certaine amertume de l’auteur.

Seonu Hwi exprime également sa pensée sur les fonctionnements et plus particulièrement les injustices de l’époque dans la société coréenne par le biais de ses protagonistes.

«  Tu ne te rappelles pas ? Ce crétin qui nous implorait à genoux. Il paraît qu’il est devenu député ou quelque chose comme ça »

 Seonu Hwi critique de façon répétée l’injustice de cette société…

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Source : www.keulmadang.com

Écrit par Franck

Franck Decrescenzo a écrit 43 articles pour Koranews.fr.

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