Une consultation médicale en Corée

2 février 2012 at 20:50 , ,
Les hôpitaux coréens

Les hôpitaux coréens

Les ethnologues du quotidien s’attachent à découvrir dans les replis de l’usage courant, dans le moindre geste social, les éléments non apparents de la culture d’un pays. Le cas d’une consultation médicale en Corée nous paraît relever de ce souci de connaître un pays en changeant le point de vue même, sur la connaissance. Sortir des grands cadres de l’analyse culturelle pour se fondre dans le quotidien des Coréens est une autre démarche possible pour comprendre un pays.

Aller consulter un médecin se dit en Corée « aller à l’hôpital » (변원에 가다). En France, aller à l’hôpital indique doublement un état certain de gravité, ce qui ne peut être pratiqué en cabinet médical, en même temps qu’un lieu où l’offre de soins est de dimensions importantes. Certes, il existe en Corée des hôpitaux comparables aux hôpitaux des grandes villes françaises, avec le confort et le plateau technique de pointe, mais est aussi appelé hôpital le simple cabinet médical sur la porte duquel figure le grandiloquent « Hôpital ». On va donc à l’hôpital pour un simple rhume.

Vous y serez accueilli par une ou plusieurs secrétaires et les formalités administratives prendront quelques secondes à peine. L’attente sera en principe de quelques minutes, même si vous vous y êtes rendu sans rendez-vous ou bien en urgence. Nous faisons référence ici au médecin 내 과 (intérieur section, département) c’est à dire la médecine interne, par opposition à 외 과 la chirurgie 안 과 l’ophtalmologie 소아과  ou la pédiatrie par exemple. Nous sommes donc allés consulter un généraliste pour une pharyngite attrapée avec la bénédiction de l’air conditionné coréen. Donc d’abord, un minimum de paperasse (souvenons nous qu’à la différence de la France où tout commence, non pas par une chanson, mais par un formulaire à remplir, la Corée est relativement protégée de cette maladie bureaucratique). Quelle que soit les patients présents, vous attendrez peu (un autre ennemi de la Corée est le temps gaspillé). Le médecin vous reçoit par un poli « Bonjour » mais ne se lève pas pour vous accueillir. Il vous demande de vous asseoir sur un petit tabouret situé tout près de lui. De la sorte, il vous consulte assis, lui autant que vous. Si l’affection est bénigne, rhume, pharyngite, grippe, l’examen ne durera que quelques secondes, des questions protocolaires, l’abaisse-langue pour contrôler la gorge, un thermomètre auriculaire pour contrôler votre température, éventuellement un stéthoscope pour la prise de pouls sur le corps, et l’affaire est conclu.

Pas de déshabillage, pas d’examen sur la table d’auscultation, souvent absente du cabinet, ou dissimulée derrière un rideau, et dont on se dit qu’elle doit servir aux cas les plus graves, pas de temps perdu. La consultation aura duré quelques minutes à peine. Bien sur, en cas de maladie grave, le médecin prendra le temps nécessaire mais comme l’on va souvent voir le médecin, rien ne dit, tel que je l’ai déjà vu, que la consultation durera longtemps. Souvent impressionnants sont les appareils qui existent dans de nombreux cabinets médicaux. Appareils étranges, aux fonctions mystérieuses. Toujours cet amour des Coréens pour la technologie. Je me souviens de ce cabinet d’un médecin célèbre, mi-médecine orientale mi-médecine allopathique, consulté pour un coup de fatigue (Séoul, est une ville dite fatigante), où j’avais passé une batterie de tests, mis mes mains dans d’inquiétantes machines, supporté des électrodes qui me donnaient un air de pieuvre reliée à d’autres animaux fantastiques, pour finir sur une table d’auscultation (ce devait être grave, à moins que ce médecin devait sa célébrité à cette table-là) et m’en tirer avec trois semaines de traitement de corne de cerf, pour 150 € le traitement, un vrai luxe.

Si vous consultez un oto-rhino pour une laryngite par exemple, vous serez impressionné par le fauteuil d’auscultation, après avoir fait un bref séjour sur le tabouret à côté du médecin. Ledit fauteuil d’auscultation ressemble à une tourelle de char blindé ou de vaisseau spatial, avec des inhalateurs, des caméras qui captent l’intimité de vos organes en révolte, des appareils de pulvérisations multiples, etc. Un premier traitement vous sera prescrit immédiatement suite à l’examen, qui consistera à aller dans un coin du cabinet médical et de faire, à l’aide de l’assistante du médecin des pulvérisations dans le nez et la bouche à l’aide d’appareils à infra-rouge. Pendant ce temps-là, un autre patient entrera à son tour dans le cabinet du médecin et prendra place sur le fauteuil où vous étiez assis ; il passera lui aussi son examen, et vous aurez le plaisir d’assister au diagnostic, même si vous vous efforcerez de regarder ailleurs, à défaut de pouvoir siffloter, pour des raison évidentes.

Une salle d'attente parmi tant d'autres

Une salle d’attente parmi tant d’autres

Retour vers la secrétaire pour acquitter le prix de la consultation 4,80 €, et récupérer votre ordonnance. Si la prescription l’indique, une piqûre vous est immédiatement administrée (les Coréens sont friands de cette piqûre-là, gage d’efficacité immédiate). Surgit d’on ne sait où, une infirmière prévenue par on ne sait qui, vous entraine dans un cabinet et moins d’une minute après, vous êtes, fesse à l’air, en train de recevoir la piqûre magique (à votre retour à la maison, on vous demandera si « on vous a bien fait LA piqûre »). Le tarif des consultations est peu élevé et ressemble fort au ticket modérateur en vigueur en France. En réalité, si vous disposez du système de soins coréens, la consultation revient moins cher encore. Autre chose aurait été de se faire soigner dans un grand hôpital pour des soins lourds ou de la chirurgie. Bon nombre de Coréens renoncent à se faire opérer à cause du prix très élevé qu’il faut payer.

A la sortie du cabinet médical, vous irez tout de suite chercher vos médicaments. En Corée, les pharmacies sont très nombreuses, parfois minuscules et réduites à un réduit, parfois de tailles importantes comme dans la partie spécialisée en médecine du quartier de Dongdaemun. Dans la pharmacie (약 국, 약 médicament bureau) une secrétaire assise derrière son ordinateur vous reçoit, note votre nom, transmet la prescription à la pharmacienne, qui va préparer dans des petits sachets individuels en papier cristal, le nombre exact de médicaments dont vous avez besoin. Fini, les boîtes de médicaments quasi-pleines qu’il faut jeter ou rapporter à la pharmacie, dans la logique française des laboratoires pharmaceutiques. Ici, pas de gaspillage et une grande facilité au moment de la prise de médicaments.

Écrit par Nam Sok

a écrit 8 articles pour Koranews.fr.

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